Samedi 14 avril 2007
6
14
/04
/Avr
/2007
22:15
Communiqué de presse du collectif De l'éthique sur l'étiquette
Deux ans après l’effondrement de l’usine Spectrum au Bangladesh,
des entreprises européennes participent à un fonds d’indemnisation des victimes
Exception notable: Carrefour
Paris, le 11 avril 2007 - Les survivants et les familles des 64 travailleurs tués lors de l’effondrement de l’usine textile Spectrum, il y a deux ans jour pour jour, ont reçu ce 1er avril leur premier paiement du fonds de compensation mis en place par certaines entreprises européennes clientes de Spectrum. Cette usine située au Bangladesh produisait pour de grandes enseignes européennes telles que KarstadtQuelle, Carrefour et Inditex (Zara).
Plusieurs sociétés s’approvisionnant auprès des usines Spectrum et Shahriyar (usines mitoyennes) Inditex (Espagne), KarstadtQuelle (Allemagne), New Wave Group (Suède), ScapinoSolo Invest ( France) se sont engagées à participer au fonds de compensation pour les survivants et les familles des victimes. Il s’agit d’une première dans l’histoire de l’industrie de l’habillement au Bangladesh.
Toutefois, les entreprises Carrefour (France) , Cotton Group (Belgique), New Yorker Steillman, Kirsten Mode et Bluhmod (Allemagne), refusent toujours de contribuer à ce fonds.
Au cours de l’été dernier, Inditex a transmis aux sociétés qui s’étaient fournies auprès des usines Spectrum- Shahriyar une proposition de participation à un fonds d’indemnisation des victimes évalué à 533 000 euros. Outre les versements initiaux en cours, ce fonds doit permettre le paiement de pensions mensuelles aux travailleurs invalides et aux familles des travailleurs défunts. La gestion du fonds au niveau local est confiée à la représentation d’Oxfam Grande Bretagne au Bangladesh, à l’ONG bangladaise Incidin ainsi qu’à des représentants syndicaux.
Pour L’éthique sur l’étiquette (plateforme française regroupant associations de solidarité internationale, syndicats et mouvements de consommateurs), qui pendant ces deux années a soutenu les demandes des travailleurs et des familles vis-à-vis des clients de Spectrum, l’annonce des premiers versements du fonds d’indemnisation est une bonne nouvelle. L’effondrement de l’usine a en effet plongé les familles des victimes dans une situation d’extrême pauvreté, privant bien souvent les ménages de leur seule source de revenus.«Je ne sais pas où trouver l’argent pour acheter du lait pour mon fils de 6 ans, payer ses frais de scolarité ou le traitement médical dont ma mère a besoin», a confié Nur E Alam, 30 ans, qui a perdu son bras gauche après avoir attendu les secours pendant 17 heures sous les décombres de l’usine. «Pour survivre, ajoute-t-il, nous avons été contraints d’emprunter».
«L’attente aura été longue pour les familles, mais leur persévérance a finalement payé», a déclaré Amirul Haque Amin, secrétaire général du NGWF (National Garments Workers Federation - Fédération nationale des travailleurs de l’habillement du Bangladesh), l’un des syndicats représentant les travailleurs de Spectrum. «La lutte menée au niveau local et soutenue par la dénonciation internationale de la situation injuste des victimes a poussé des entreprises s’approvisionnant auprès de Spectrum à faire ce qu’il fallait. Nous poursuivrons notre démarche vis-à-vis de tous les clients pour qu’ils prennent leurs responsabilités vis-à-vis des travailleurs de Spectrum aussi bien que de l’ensemble des travailleurs de l’habillement au Bangladesh qui, pour la plupart d’entre eux, continuent à produire dans des conditions dangereuses».
La campagne internationale Clean Clothes (vêtements propres) ainsi que la plateforme française, L’éthique sur l’étiquette, demandent à Carrefour et aux autres sociétés qui ont jusqu’ici refusé de se joindre au fonds d’indemnisation, d’y apporter immédiatement leur contribution. Comme toutes les sociétés clientes de Spectrum, ces entreprises ont tiré profit des bas salaires, de l’absence de couverture sociale dont souffraient les ouvriers de Spectrum, fermant les yeux sur les mauvaises conditions de travail. En contribuant au fonds d’indemnisation et en collaborant sur le terrain avec les ONG et les syndicats locaux impliqués dans cette initiative, ces entreprises ont l’occasion de montrer qu’elles prennent sérieusement en compte leurs responsabilités sociales.
Note de l'auteur du blog :
Le collectif De l'éthique sur l'étiquette a été créé en 1995 et regroupe 44 associations de solidarité internationale ,syndicats, mouvements de consommateurs et associations d'éducation populaire .
Ce collectif a pour but "d'agir en faveur du respect des droits de l'homme au travail dans le monde et de la reconnaissance du droit à l'information des consommateurs sur la qualité sociale de leurs achats" .
Depuis sa création, il demande aux entreprises présentes en France et aux grandes marques françaises et internationales, de veiller aux conditions de production des marchandises qu'elles commercialisent (vêtements, chaussures de sport, jouets...), de garantir que leurs pratiques d’achat permettent et encouragent le progrès social chez leurs fournisseurs et sous-traitants, en y associant les syndicats, les ONG, les mouvements de consommateurs, les représentants des pouvoirs publics, etc.
Pour progresser vers ces objectifs, l'action du Collectif vise à mobiliser l'opinion pour faire pression sur les décideurs économiques et politiques, notamment par le biais de campagnes associant ses membres nationaux et un réseau de 120 collectifs locaux dans toute la France. Ces collectifs locaux organisent des conférences, expositions, interventions en milieu scolaire... pour informer et mobiliser les consommateurs et tous les acteurs concernés par les achats éthiques : citoyens, sportifs, commerçants, élus...
Le Collectif inscrit également son action dans une dimension internationale.
La fédération Artisans du Monde est membre du collectif De l'éthique sur l'étiquette et le soutient fortement.
Pour plus de renseignements sur le collectif De l'éthique sur l'étiquette , rendez-vous sur www.ethique-sur-etiquette.org
Commentaires