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      Depuis 1995, Artisans du Monde Rennes défend l'idée d'un commerce équitable et d'une économie solidaire entre le Nord et le Sud.
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Vendredi 13 juin 2008

Voici un article de Claude Marie Vadrot  paru dans Politis le Jeudi 12 Avril 2008.

  
   D'ici à la mi-juin, la France aura importé d'Espagne plus de 83 000 tonnes de fraises. Enfin, si on peut appeler «fraises» ces gros trucs rouges, encore verts près de la queue car cueillis avant d'être mûrs, et ressemblant
à des tomates. Avec d'ailleurs à peu près le goût des tomates...

 Si le seul problème posé par ces fruits était leur fadeur, après tout, seuls les consommateurs piégés pourraient se plaindre d'avoir acheté un produit qui se brade actuellement entre deux et trois euros le kilo sur les marchés et dans les grandes surfaces, après avoir parcouru 1 500 km en camion. À dix tonnes en moyenne par véhicule, ils sont 16 000 par an à faire un parcours valant son pesant de fraises en CO2 et autres gaz d'échappement.
Car la quasi-totalité de ces fruits poussent dans le sud de l'Andalousie, sur les limites du parc national de Doñana, près du delta du Guadalquivir, l'une des plus fabuleuses réserves d'oiseaux migrateurs et nicheurs d'Europe.
Il aura fallu qu'une équipe d'enquêteurs du WWF-France s'intéresse à la marée montante de cette fraise hors saison pour que soit révélée l'aberration écologique de cette production qui étouffe la fraise française (dont une partie, d'ailleurs, ne pousse pas dans de meilleures conditions écologiques). Ce qu'ont découvert les envoyés spéciaux du WWF, et que confirment les écologistes espagnols, illustre la mondialisation bon marché.

Cette agriculture couvre près de six mille hectares, dont une bonne centaine empiètent déjà en toute illégalité (tolérée) sur le parc national. Officiellement, 60% de ces cultures seulement sont autorisées ; les autres sont des extensions «sauvages» sur lesquelles le pouvoir régional ferme les yeux en dépit des protestations des écologistes.

Les fraisiers destinés à cette production, bien qu'il s'agisse d'une plante vivace productive plusieurs années, sont détruits chaque année. Pour donner des fraises hors saison, les plants produits in vitro sont placés en plein été dans des frigos qui simulent l'hiver, pour avancer leur production. À l'automne, la terre sableuse est nettoyée et stérilisée, et la microfaune détruite avec du bromure de méthyl et de la chloropicrine. Le premier est un poison violent interdit par le protocole de Montréal sur les gaz attaquant la couche d'ozone, signé en 1987 (dernier délai en 2005); le second, composé de chlore et d'ammoniaque, est aussi un poison dangereux : il bloque les alvéoles pulmonaires.

Qui s'en soucie? La plupart des producteurs de fraises andalouses emploient une main-d'oeuvre marocaine, des saisonniers ou des sans-papiers sous-payés et logés dans des conditions précaires, qui se réchauffent le soir en brûlant les résidus des serres en plastique recouvrant les fraisiers au coeur de l'hiver.Un écolo de la région raconte l'explosion des maladies pulmonaires et de affections de la peau.

Les plants poussent sur un plastique noir et reçoivent une irrigation qui transporte des engrais, des pesticides et des fongicides. Les cultures sont alimentées en eau par des forages dont la moitié ont été installés de façon illégale. Ce qui transforme en savane sèche une partie de cette région d'Andalousie, entraîne l'exode des oiseaux migrateurs et la disparition des derniers lynx pardel, petits carnivores dont il ne reste plus qu'une trentaine dans la région, leur seule nourriture, les lapins, étant en voie de disparition. Comme la forêt, dont 2 000 hectares ont été rasés pour faire place aux fraisiers.
La saison est terminée au début du mois de juin. Les cinq mille tonnes de plastique sont soit emportées par le vent, soit enfouies n'importe où, soit brûlées sur place. Et les ouvriers agricoles sont priés soit de retourner chez eux, soit de s'exiler ailleurs en Espagne. Pour se faire soigner à leurs frais après avoir respiré les produits nocifs.

La production et l'exportation de la fraise espagnole, l'essentiel étant vendu dès avant la fin de l'hiver et jusqu'en avril, représente ce qu'il y a de moins durable comme agriculture, et bouleverse ce qui demeure dans l'esprit du public comme notion de saison. Quand la région sera ravagée et la production trop onéreuse, elle sera transférée au Maroc, où les industriels espagnols de la fraise commencent à s'installer. Avant de venir de Chine, d'où sont déjà importées des pommes encore plus traitées que les pommes françaises...

Dommage que les consommateurs se laissent prendre, comme ils se laissent prendre aux asperges « primeur » en provenance de la même région et bénéficiant des mêmes soins chimiques. Au lieu d'attendre quelques semaines que les producteurs de proximité offrent les mêmes produits sur des marchés de proximité.


Claude-Marie Vadrot
Politis jeudi 12 avril 2007



par Anthony publié dans : Articles de presse
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Mercredi 11 juin 2008



Le commerce équitable ne se réduit pas à un simple acte d'achat. Stéphane Le Borgne, président de la fédération Artisans du monde (1)

LE BORGNE Stéphane
Paru le: jeudi 05/06/2008 dans le journal  La Croix

«Achetez-en deux et le second est à moitié prix ! » Alors que la 8e quinzaine du commerce s'est achevée le 11 mai dernier, plusieurs poids lourds de la grande distribution lancent leurs propres marques de produits équitables en ne communiquant que sur le prix. Par cette démarche, les grandes enseignes réduisent le commerce équitable à un simple acte d'achat toujours moins cher et dénué de toute valeur politique. La fédération Artisans du monde rappelle le principe fondamental du commerce équitable : être un levier pour faire changer les règles du commerce mondial. Si, pour proposer un produit équitable moins cher tout en garantissant des prix justes au producteur de la matière première au Sud, les acteurs de la grande distribution exercent une pression sur les unités de transformation au Nord ou réduisent les prix d'achat sur des produits non équitables, le commerce équitable perd alors tout son sens. Qu'en est-il également de la capacité à maintenir des relations commerciales durables, un des critères fondamentaux du commerce équitable, alors que d'une année sur l'autre, en fonction des négociations, les contrats peuvent être remis en cause ?

La dimension humaine associée à un produit et la relation partenariale qui s'instaure dans le commerce équitable sont, dans de telles conditions, totalement ignorées.

Acheter du riz équitable en grande distribution est un premier pas vers une consommation responsable, mais cet acte ne saurait suffire pour répondre aux injustices des relations Nord-Sud. Le commerce équitable porté par Artisans du monde depuis trente-trois ans impose une action politique et éducative forte. Expliquer les mécanismes du commerce international, ses dysfonctionnements et ses incohérences... cette démarche est indispensable pour rendre le commerce vraiment équitable. Nous voulons permettre au citoyen de décrypter les codes de consommation et les conséquences de ses actes quotidiens. Comment la grande et moyenne distribution peut-elle assumer cette fonction, fonction que nous avons réussi à faire reconnaître dans le document de référence (2) sur le commerce équitable dans le cadre de l'Agence française de normalisation (Afnor) ?

La dimension politique du commerce équitable vise à rendre les règles édictées par l'Organisation mondiale du commerce réellement porteuses de développement. Libéraliser le commerce et bannir tout droit de douane permettant la protection des marchés des pays émergents : tel est le message porté par cette institution depuis sa création en 1995. Les résultats actuels sont bien la preuve de l'incohérence de ce dogme. Le commerce équitable vise avant tout à changer ces règles.

Comment la grande et moyenne distribution pourrait-elle porter ces messages alors qu'elle ne cesse de réclamer la libéralisation des négociations de prix avec les producteurs locaux français ? La loi de modernisation de l'économie, présentée le 28 avril dernier en conseil des ministres, vient de leur accorder ce droit. Depuis de nombreuses années, elle en disposait pour les fruits et légumes. Les petits maraîchers n'ont jamais aussi mal vécu...

Accroître les ventes est nécessaire, nous en convenons. Les grandes surfaces sont un biais pour y arriver. Mais fondamentalement, il s'agit aussi de remettre en cause le modèle de consommation que nous impose la grande distribution. Consommer moins et consommer mieux, s'approvisionner davantage par le biais de circuits courts auprès d'agriculteurs et d'artisans de proximité, ces comportements permettent d'œuvrer pour un commerce plus solidaire au Nord et participent de la même démarche qui est celle de remettre l'économie au service de l'homme. Soyons-en conscients et attentifs, c'est l'humain qui est capital.

(1) Artisans du monde (AdM) est un réseau de distribution composé de 170 points de vente de proximité, associatif et militant, il défend l'idée d'un commerce équitable à trois dimensions : économique, éducative et politique.(2) : accord Afnor « Commerce équitable AC X50-340 »



par Anthony publié dans : Articles de presse
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Mardi 3 juin 2008



 Face à la crise de l'industrie du disque, des professionnels veulent placer les artistes au cœur du système.

Un autre monde de la musique est-il vraiment possible? Festivals éthiques, maisons de disques responsables, tournées écolos...: après la mode, la musique, elle aussi, est en quête de plus d'équité.

Jusqu'au 25 mai, la deuxième édition du festival "Ménilmontant capitale de la musique équitable et écologique", avec Sanseverino (jazz manouche) et Fantazio (l'inclassable) en têtes d'affiche, fait entendre un autre son de cloche dans ce quartier du XXe arrondissement de Paris: une semaine de concerts, débats et rencontres avec des artistes issus de la production indépendante.

L'événement qui investit les cafés, les rues et divers lieux de Menilmuche est organisé par FairPlayList. Cette association-label poursuit ainsi son entreprise de sensibilisation à la musique équitable, bien décidée à faire du consommateur un "consom'acteur".

FairPlayList sort à cette occasion son deuxième disque écologique et équitable, "Ka" de Seheno, une artiste japonaise qui vit à Ménilmontant. Cet album succède à la compilation "Le Son de Ménilmontant" -à l'emballage bien reconnaissable en carton recyclé, enregistré dans le studio Elektramastering alimenté en l'électricité verte par Enercoop- parue l'an dernière.

"La crise du disque est d'abord une crise des valeurs"


"La Musique assiégée", un essai signé Charlotte Dudignac et François Mauger, qui vient de paraître aux éditions de L'Échappée, explique par le menu comment rendre la filière du disque plus équitable en s'appuyant sur des expériences concrètes.

Pour ses auteurs, "la crise du disque est d'abord une crise des valeurs, avant d'être une crise économique". S'ils évoquent le téléchargement illégal, ils dénoncent aussi les majors qui, depuis quelques années, cassent les prix en bradant leur catalogue.

Le livre propose un cadre théorique destiné à (re?)mettre l'artiste au coeur du dispositif, pour qu'il accède à une rémunération plus juste. Bien qu'acteur principal de la filière, l'artiste est trop souvent sacrifié au profit des intérêts du producteur ou du consommateur. Ce que déplorent les auteurs, avec de nombreux exemples à la clé.

Sur Reshape-music, l'internaute choisit lui-même le prix d'un morceau

Après un historique et un état des lieux détaillé et sans concession du marché du disque français, le livre passe notamment en revue les initiatives de FairPlayList, de Dyade A&D (à Grenoble), de Désert Rebel, ainsi que celle du site Web de musique équitable, Reshape-music.

Sur cette plateforme de téléchargement, l'internaute fixe lui-même le prix des morceaux qu'il décide d'acquérir (légalement). Reshape-music garantit par ailleurs à l'artiste une rémunération équitable, à hauteur de 50% du prix de vente public.

Toutes ces démarches ont en commun de prôner la transparence des comptes, la diminution des intermédiaires entre l'artiste et le public.

FairPlayList, Dyade A&D et Utica, une structure indépendante de production de disques et d'édition musicale qui et développe et promeut de nouveaux talents, ont même élaboré une charte commune, un "Cahier des charges pour une filière musicale équitable et solidaire", qu'ils mettent à la disposition de ceux qui voudraient se mettre à la musique équitable et agrandir ce cercle encore confidentiel.

"On veut que chaque musicien crée son entreprise?"

"La Musique assiégée" est aussi un livre-débat. Les auteurs ont fait réagir une cinquantaine de professionnels de la musique sur la question. Le chanteur Mano Solo se montre d'ailleurs plus que sceptique et ne mâche pas ses mots à propos de la suppression des intermédiaires et de l'autoproduction:

"Qu'est-ce qu'on veut? On veut que chaque musicien crée son entreprise? Mais c'est pas son métier!"

Charlotte Dudignac et François Mauger disent avoir voulu proposer "un cadre théorique" aux professionnels de la musique afin de "les encourager à repenser leurs pratiques en envisageant cette activité économique en terme de filière, comme pour le commerce équitable des denrées alimentaires". La démarche vise aussi à préserver la créativité des artistes.

La majorité des musiciens gravite en marge de la planète du vedettariat régie par les quatre majors de disques (Universal, Sony BMG, la Warner et EMI). Ces multinationales se partagent 80% des parts du marché du disque en France, la diversité artistique reste le cadet de leurs soucis.

La réduction de l'offre musicale imposée par les grandes surfaces au profit des titres à fort potentiel a contribué à faire que cette diversité se raréfie. Résultat des courses: en 2004, 90% des disques vendus à coup de marketing frénétique représentait moins de 5% du total des références.

Les festivals bretons bien décidés à se mettre au vert

Aujourd'hui, les distributeurs indépendants ne représentent plus que 7% des ventes de disques. En 2005, sur cinq nouveautés, quatre d'entre elles étaient produites par des majors. Difficile dans ces conditions de maintenir une diversité au sein de la création musicale.

L' absence de prix unique du disque, à l'image de celui du livre devenu fixe, à partir de 981, avec l'instauration de la loi Lang, a entrainé la mort du réseau des disquaires indépendants. Ils étaient 10 000 en 1980 et n'étaient déjà plus que 600 en 2004…

Face à ce constat, des acteurs du secteur se remontent les manches et commencent à se fédérer. Le respect de l'environnement n'est pas oublié, avec des initiatives pour réduire l'empreinte écologique des concerts, comme la tournée écologique de Radiohead.

Les organisateurs de festivals de musiques actuelles en Bretagne (Les Vieilles Charrues, le Festival interceltique de Lorient, Quartiers d'été et les Trans-Musicales à Rennes, etc.) réfléchissent aussi à l'impact écologique de ces événements.

Ménilmontant capitale de la musique équitable et écologique jusqu'au 25 mai.
La Musique assiégée, D'une industrie en crise à la musique équitable de Charlotte Dudignac et François Mauger - éd. L'Echappée - 183p., 14€.



  Retrouvez cet article sur Rue 89, média citoyen.

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Samedi 31 mai 2008


A lire sur le site de Peuples Solidaires



       "Avec 10,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2007 et des résultats "sans précédent" prévus pour 2008 [
1], Adidas, deuxième fabricant mondial d’articles de sport derrière Nike, peut continuer à clamer haut et fort son ambition de devenir un jour le leader mondial de l’industrie du sport. Forte de sa popularité auprès des consommateurs, la marque aux trois bandes se veut également respectueuse des droits de l’Homme et met notamment en avant son engagement en matière sociale. Le groupe allemand reconnaît ainsi qu’il "peut et doit prendre des mesures et encourager les acteurs tout au long de [sa] chaîne d’approvisionnement à prendre des mesures" [2]. Pourtant, la réalité chez les fournisseurs d’Adidas est moins lisse que la marque voudrait nous faire croire. En Indonésie par exemple, 10 500 ouvriers se sont soudainement retrouvés sans emploi et sans ressources après la fermeture brutale de deux usines qui, pendant des années, avaient produit pour Adidas. Plus d’un an après, alors qu’ils attendent toujours d’être payés, ces travailleurs mettent en cause les pratiques d’achat de la multinationale et lui demandent de tenir ses promesses."


Pour en savoir plus :


http://www.peuples-solidaires.org/article865.html

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Jeudi 15 mai 2008
Comment s’y retrouver entre les logos et autres labels pour une consommation solidaire.
CATHERINE MAUSSION et LAUREEN ORTIZ

Face au rayon café du Monoprix de République, à Paris, un père et sa fille observent. «Ça serait une bonne action», dit la fille. «Sauf qu’on ne sait pas si notre argent va vraiment où on nous dit», rétorque le père. Sur les sept étagères du rayon café, plus d’une dizaine de marques, dont trois s’affichent «commerce équitable» : Lobodis, Malongo, Alter Eco. Même Monoprix s’y met avec sa marque Gourmet ! Comment se retrouver dans la jungle de tous ces produits au design sobre qui détonnent à côté des couleurs clinquantes des marques standards. On flaire l’intox. Exemple : cette gamme de cafés Jacque Vabre qui singent les paquets estampillés Max Havelaar.

Pas facile d’y voir clair, donc. Le père et sa fille ne sont pas les seuls. Selon un sondage Ipsos réalisé fin avril pour la Plateforme pour le commerce équitable - organisme réunissant la plupart des acteurs du secteur -, 46 % des Français disent ne pas acheter ces produits, faute de les repérer en magasin. Et 57 % des personnes au fait du commerce équitable disent ne pas être assez informées sur son fonctionnement. C’est justement l’objectif de la quinzaine en cours (du 25 avril au 11 mai) consacré à ce commerce militant, toujours marginal (seulement 0,008 % du commerce mondial) mais en plein essor : + 30 % par an, selon l’association Fair Trade-Max Havelaar.

Belles promesses

Revenons à notre rayon. Avec Lobodis, au moins c’est clair : les trois paquets sont équitables. Idem pour Alter Eco. En revanche, avec Malongo, on ne sait plus très bien. Côte à côte, du café décoré de la petite pastille Max Havelaar à 3,11 euros, et du café sans logo, baptisé «suprême», et nettement plus cher (3,86 euros). Peut-on faire confiance à une marque qui mélange les genres ? Ou, faut-il préférer les produits aux prix élevés parce qu’ils seraient plus «vertueux» ?

Le fair washing emboîte aujourd’hui le pas au green washing. Dans un concours de belles promesses, on vous invite à «changer le monde» ou avoir «le bon goût d’aider les petits producteurs» du Sud. Un nom s’impose. Celui de Max Havelaar, qui fête cette année ses vingt ans, à côté de trois autres prétendus labels : Rainforest Alliance, UTZ Certified et CCCC (le Common Code for the Coffee Community).

Tristan Lecomte, fondateur d’Alter Eco - une société de produits équitables alimentaires (café, chocolat…) et cosmétiques - a choisi Max Havelaar (lire page 4), qui selon lui offre le prix minimum le plus élevé aux producteurs. Le prix du café arabica fixé par l’association et payé aux producteurs vient d’ailleurs d’être réévalué à 1,25 dollar la livre (environ 80 centimes d’euros), auquel s’ajoute une prime de 10 cents de dollar, versée à la coopérative et consacrée au développement local. Un seuil qui se révèle assez bas à l’heure où flambe le prix de cette denrée.

Jugeant donc ce montant «insuffisant», Tristan Lecomte assure, lui, payer plus. Mais il reconnaît que «la qualité des initiatives se juge sur le terrain». Et se montre très critique à l’égard des plantations de thé certifiées Max Havelaar. «Elles appartiennent à de riches propriétaires, par exemple à un milliardaire indien ou à l’équivalent d’un Unilever [géant de l’agrochimique, ndlr] au Sri Lanka, bien loin des priorités des petits producteurs.» Son conseil pour éviter l’entourloupe : «Acheter aux entreprises qui font 100 % d’équitable.» C’est ce que fait le pionnier du secteur en France : le breton Lobodis. Franck Delalande, responsable technique de la société, explique. Son café vient de huit coopératives de Caranavi, en Bolivie, sur le plateau des Andes. Il s’y est rendu. «En comptant les familles, on aide 5 000 personnes sur place, et nous versons de 80 000 à 100 000 dollars [entre 51 000 et 64 000 euros] pour faire de l’assistance agronomique.»

Malongo, basé dans les Alpes-Maritimes, défend une approche mixte. Il est surtout connu pour sa boîte cylindrique et blanche où les petits producteurs font la ronde. «Sur une quarantaine de références en café, la moitié sont équitables.» En revanche, il réalise seulement un tiers de ses ventes en équitable. Pour cette quinzaine, Malongo a choisi de médiatiser son opération en Haïti, et évoque un peu naïvement «les petits producteurs et leur marmite de café cerise dans leur jardins de 200 mètres carrés où la culture du café leur rapporte autour de 60 euros par an». Un de ses concurrents, moins féru de marketing, relativise l’impact d’une telle opération dans un pays qui cumule «de nombreux handicaps, où le commerce équitable n’est pas prêt de changer pas la donne».

Ethique contre discount

Autre débat, le poids croissant de la grande distribution comme pseudo-acteur de l’équitable. Après Monoprix, le défricheur, Leclerc et Auchan, même les plus grands défenseurs des bas prix s’y mettent. Ed, l’enseigne low-cost de Carrefour, annonce le lancement d’un café UTZ Certified, pour 2 euros. Ce qui fait hurler les puristes : «Il y a un antagonisme entre un commerce qui se veut équitable et la grande distribution», défend Véronique Gallais, d’Action Consommation, proche de l’association Minga. Créée en 1999, Minga dénonce violemment les grandes surfaces. Chez Artisans du Monde (170 boutiques), on refuse également l’entrée en grandes surfaces. «Nous défendons une vision engagée du commerce équitable, il a une dimension de sensibilisation éducative et politique, et doit servir de levier pour modifier les règles et les pratiques du commerce international», revendique Laurent Levard, délégué général d’Artisans du Monde.

Joaquin Munoz, à la tête de Max Havelaar France, défend son essor dans la grande distribution : il veut «démocratiser» cette forme de commerce, pour l’instant surtout prisée par les classes les plus aisées. «Ce ne sont pas deux ou trois sacs que l’on veut vendre, mais des containers», dit -il. D’où son pacte passé avec des grands noms de la distribution.

«Fixer des règles claires»

Une alliance qui se ferait au détriment des producteurs français : «Leclerc ne veut plus de mes produits depuis 2004, ou je dois les lui brader ! proteste une productrice de fruits et légumes. Après, il dit qu’il fait du commerce équitable a vec les producteurs du Sud, c’est affligeant.» Peu importe, Joaquin Munoz trouve cette nouvelle vocation «géniale». Il est tout simplement pragmatique : 70 % des ventes de produits Max Havelaar se font en grandes surfaces. Au total, 175 marques se sont engagées aux côtés du logo d’origine néerlandaise. «Celui-ci s’autoproclame label, mais c’est de la publicité mensongère, affirme Véronique Lacomme, gérante de la société Andines. Le consommateur doit garder en mémoire que c’est un logo, une marque.»

C’est là le problème : il n’existe pas encore de label officiel pour étiqueter les produits vertueux. Pour rassurer nos consommateurs égarés dans les allées du commerce équitable, nombreux sont ceux qui s’impatientent de sa création et en appellent aux pouvoirs publics. «La nécessité aujourd’hui vis-à-vis de nous-mêmes, des consommateurs et des producteurs est de fixer des règles claires», plaide Laurent Levard, d’Artisans du Monde. Il regrette avec d’autres acteurs très impliqués «le silence du gouvernement» après une première séance de travail, en février, sur ce sujet. En jeu, une définition précise des différentes formes du commerce équitable et surtout, la mise en place d’un organisme de certification pour décerner avec un maximum de garanties publiques un véritable label.

par Anthony publié dans : Articles de presse
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